Loi 96, IA et langue française au Québec
La Loi 96 du Québec — officiellement « Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français » — modifie la Charte de la langue française afin d’étendre les exigences en matière de langue française aux interfaces logicielles, aux outils d’IA, aux robots conversationnels destinés à la clientèle, aux contrats et à la documentation interne. L’élargissement du 1er juin 2025 a abaissé le seuil de francisation de 50 à 25 employés et a mis en vigueur des règles plus strictes en matière d’affichage et d’étiquetage. Les entreprises qui vendent au Québec, qui y exploitent des outils clients propulsés par l’IA ou qui emploient des travailleurs québécois doivent désormais traiter le français comme la langue par défaut de leurs produits numériques — et non comme une voie parallèle optionnelle. L’OQLF (Office québécois de la langue française) peut maintenant inspecter de façon proactive, et non plus seulement répondre aux plaintes, et les sanctions vont de 3 000 $ à 30 000 $ par infraction, avec des amendes doublées ou triplées en cas de récidive.
Cadre tiré de la Charte de la langue française (RLRQ, c. C-11), telle que modifiée par la Loi 96 (Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français, 2022), les modifications de juin 2025, ainsi que des analyses publiées par DLA Piper (juin 2025) et BCF Avocats d’affaires (juin 2025). Il s’agit d’une orientation sur le cadre juridique publié, et non d’un avis juridique — consultez un avocat expérimenté en droit linguistique québécois avant de prendre des décisions de conformité pour votre organisation.
Ce qu’est la Loi 96 — et ce qu’elle modifie réellement
La Loi 96 n’est pas une nouvelle loi partant de zéro. Il s’agit d’une modification en profondeur de la Charte de la langue française (RLRQ, c. C-11), la loi linguistique fondamentale du Québec — la loi communément appelée « Loi 101 » — qui régit l’usage du français dans le commerce, le travail et la vie publique depuis 1977. La Loi 96 a reçu la sanction royale le 1er juin 2022 et a été délibérément mise en œuvre par étapes sur trois ans afin de laisser aux entreprises le temps de s’adapter.
Le nom officiel de la loi est « Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français ». Son objectif est énoncé explicitement : renverser le déclin de la langue française au Québec en réaffirmant le français comme langue normale et quotidienne du travail, du commerce et des services publics — y compris les produits et services numériques.
L’application relève de l’Office québécois de la langue française (OQLF), le régulateur linguistique du Québec. L’OQLF administre le programme de francisation, émet des avis de conformité, reçoit les plaintes et — depuis juin 2025 — détient un pouvoir élargi de mener des inspections proactives sans attendre le dépôt d’une plainte.
L’échéancier par étapes : ce qui est entré en vigueur et quand
La Loi 96 a été déployée de façon délibérément échelonnée. Comprendre quelles dispositions sont déjà en vigueur (par opposition à transitoires) est important pour la planification de la conformité :
1er juin 2022 — sanction royale et dispositions immédiates
À la date de la sanction royale, plusieurs dispositions ont pris effet immédiatement : de nouveaux droits pour les employés de travailler en français; le droit des consommateurs de recevoir un service en français des entreprises exerçant leurs activités au Québec; et des droits élargis de recevoir des services, documents et contrats gouvernementaux en français.
1er juin 2023 — contrats d’adhésion et droits de traduction
Les contrats d’adhésion — contrats types dont une partie fixe les termes sans négociation — doivent être présentés d’abord en français, y compris ceux conclus en ligne ou par téléphone. Les parties peuvent ensuite convenir d’un contrat dans une autre langue, mais la version française doit être présentée en premier et doit être fournie avant toute version anglaise (ou dans une autre langue). Cela vise les conditions d’utilisation de logiciels, les contrats d’achat en ligne, les contrats d’abonnement SaaS et les licences de type « click-wrap » lorsqu’au moins une partie se trouve au Québec.
1er juin 2025 — l’élargissement le plus ressenti par les entreprises
La vague de juin 2025 a été la plus significative sur le plan opérationnel pour les entreprises technologiques. Selon l’analyse de DLA Piper (juin 2025) et de BCF Avocats d’affaires (juin 2025), les dispositions entrées en vigueur le 1er juin 2025 comprennent :
- Abaissement du seuil de francisation : les entreprises comptant de 25 à 49 employés au Québec doivent désormais s’inscrire auprès de l’OQLF et suivre le processus de francisation. Auparavant, seules les entreprises comptant 50 employés ou plus étaient assujetties à cette exigence. Les entreprises comptant 100 employés ou plus doivent en outre constituer un comité de francisation.
- Affichage en français nettement prédominant : tout message affiché dans un lieu accessible au public — enseignes, vitrines, véhicules ou tout affichage visible de l’extérieur — doit assurer que le français est « nettement prédominant », c’est-à-dire que le texte français doit être au moins deux fois plus grand et aussi ou plus visible que le texte dans toute autre langue.
- Inscriptions sur les produits (étiquettes) : toutes les étiquettes de produits doivent être en français, sans qu’aucune autre langue ne soit plus en évidence. Les marques de commerce peuvent toujours figurer dans une autre langue si aucune version française n’est enregistrée au fédéral, mais il s’agit d’une exception étroite.
- Renforcement des pouvoirs d’application de l’OQLF : l’OQLF a obtenu le pouvoir d’inspecter les entreprises de façon proactive — sans plainte préalable — et peut désormais examiner les sites Web, les interfaces numériques, les contrats et la documentation interne dans le cadre de ces inspections.
Source : DLA Piper, « Quebec’s language laws changed this week: Here’s what you need to know », juin 2025 (dlapiper.com); BCF Avocats d’affaires, « The Charter of the French Language: New Obligations as of June 2025 », juin 2025 (bcf.ca). Vérifiez l’état actuel du programme auprès de l’OQLF à oqlf.gouv.qc.ca avant de prendre des mesures de conformité.
Ce que la Loi 96 exige des produits logiciels et technologiques
Les dispositions de la Charte relatives aux logiciels et à la technologie ne sont pas nouvelles — elles existaient dans la Loi 101 — mais la Loi 96 en a étendu la portée et resserré les exigences. Les règles s’appliquent selon deux axes : les logiciels utilisés par les employés, et les logiciels ou interfaces destinés aux consommateurs.
Logiciels destinés aux employés et outils internes
En vertu de la Charte telle que modifiée, les employés au Québec ont le droit de travailler en français. Ce droit s’applique aux logiciels : les employeurs ne peuvent pas exiger des employés qu’ils utilisent un logiciel — y compris les outils internes, les ERP, les CRM, les systèmes de gestion de projet ou les assistants d’IA — exclusivement dans une langue autre que le français lorsqu’une version française est disponible.
Le critère déterminant est de savoir si une version française existe. Si le fournisseur du logiciel offre une option de langue française, l’employeur doit la mettre à la disposition des employés québécois, au minimum en tant qu’option. Cela s’applique aux logiciels commercialisés, aux outils internes et aux logiciels déployés en SaaS. Cela s’applique également aux outils propulsés par l’IA utilisés par les employés — assistants de productivité, outils de complétion de code, outils de résumé de documents et robots conversationnels internes — si ces outils sont capables de fonctionner en français.
Concrètement, cela signifie :
- Les assistants de codage par IA (GitHub Copilot, Cursor, et similaires) utilisés par des employés basés au Québec devraient avoir les réglages de langue française activés si l’outil les prend en charge
- Les robots conversationnels d’IA internes ou les outils de recherche documentaire (systèmes RAG, robots de service d’assistance) déployés auprès des employés québécois doivent être capables de répondre en français
- La documentation interne, le matériel de formation et les documents d’intégration destinés aux employés québécois doivent être fournis en français
- Les contrats de travail, les lettres d’offre, les évaluations de rendement et les avis disciplinaires destinés aux employés québécois doivent être en français (des copies en anglais peuvent également être fournies, mais le français vient en premier)
Interfaces destinées à la clientèle : sites Web, portails et robots conversationnels
Les entreprises qui servent des consommateurs québécois doivent offrir leurs services en français. Pour les produits numériques et les sites de commerce électronique, cela signifie :
- Une version française pleinement fonctionnelle du site Web, avec le même contenu, les mêmes fonctions et les mêmes fonctionnalités que toute version anglaise — et non un ajout à fonctionnalités réduites ou traduit par machine
- Des canaux de service à la clientèle disponibles en français : clavardage en direct, soutien par courriel, systèmes de billetterie et téléphone
- Les outils de service à la clientèle propulsés par l’IA (robots conversationnels, assistants virtuels, systèmes de réponse automatisée) doivent être capables de servir la clientèle en français, avec des fonctionnalités équivalentes à toute version en anglais
- Des descriptions de produits, des conditions d’utilisation, des politiques de confidentialité et des processus de paiement en français
- Des messages d’erreur, des notifications système et des interfaces d’application en français lorsqu’une version française existe
Le principe, tel qu’exprimé dans la Charte, est que le français doit être disponible à des conditions non moins favorables qu’une autre langue, avec des capacités techniques équivalentes. Offrir une expérience dégradée en français — temps de réponse plus lents, moins de fonctions, ou un robot qui bascule vers l’anglais plus vite qu’il n’oriente vers un agent humain francophone — n’est pas conforme.
Robots conversationnels d’IA et service à la clientèle automatisé : l’interprétation en évolution
Les dispositions de la Charte sur le service à la clientèle s’étendent logiquement aux outils clients propulsés par l’IA : un robot conversationnel d’IA servant des clients québécois est une forme de service à la clientèle, et le service à la clientèle doit être disponible en français. L’élargissement de l’application par l’OQLF en juin 2025 comprend l’examen des canaux numériques — ce qui inclurait les interfaces pilotées par l’IA — dans le cadre d’inspections proactives.
Réserve importante : l’OQLF n’avait pas publié de directives formelles précises sur les grands modèles de langage, les outils d’IA générative ou les systèmes de connaissances basés sur le RAG en tant que catégorie distincte au moment de la rédaction (juin 2026). Les dispositions générales de la Charte sur les logiciels et le service à la clientèle constituent le cadre applicable, mais la manière dont l’OQLF interprétera des cas limites précis — par exemple, si un modèle qui peut répondre en français satisfait à l’obligation même s’il fonctionne par défaut en anglais à moins d’y être invité — est une question d’interprétation juridique. Les entreprises qui déploient des outils clients d’IA au Québec devraient obtenir un avis juridique précis sur ce point et documenter leur approche de conformité. Consultez le service-conseil en IA de D-Central pour les entreprises québécoises pour une orientation sur le paysage réglementaire.
Le programme de francisation : ce que les entreprises comptant 25 employés ou plus au Québec doivent faire
Le programme de francisation est le mécanisme de la Charte visant à ce que le français devienne la langue normale du travail au sein des entreprises québécoises. Depuis le 1er juin 2025, le programme couvre les entreprises comptant 25 employés ou plus au Québec — contre 50 auparavant. Selon BCF Avocats d’affaires (juin 2025), le processus se déroule en étapes :
- Inscription auprès de l’OQLF — dans les six mois suivant l’atteinte du seuil de 25 employés au Québec, l’entreprise doit s’inscrire officiellement auprès de l’OQLF
- Analyse de la situation linguistique — trois mois après la confirmation de l’inscription, l’entreprise doit réaliser une analyse de l’usage du français au sein de l’organisation, couvrant les communications, les outils logiciels, le matériel de formation, la documentation et les pratiques de gestion
- Programme de francisation (si requis) — si l’analyse révèle que le français n’est pas la langue normale du travail, l’OQLF peut exiger que l’entreprise mette en œuvre un programme de francisation assorti d’objectifs et d’échéanciers précis
- Comité de francisation (100 employés ou plus) — les entreprises comptant 100 employés ou plus au Québec doivent constituer un comité de francisation composé de représentants de la direction et des employés, chargé de superviser l’analyse linguistique et d’en suivre les progrès
Pour les entreprises technologiques — en particulier les entreprises SaaS, les firmes d’IA et les sociétés de produits logiciels dont les équipes basées au Québec travaillent en anglais en raison du marché, des clients internationaux ou de l’outillage technique — BCF Avocats d’affaires note que « concilier rigoureusement l’obligation de franciser avec les impératifs opérationnels exige une approche stratégique et pragmatique ». L’obligation est réelle; la mise en œuvre requiert une analyse au cas par cas de ce qui est réalisable sur le plan opérationnel et de ce que l’OQLF acceptera.
Il s’agit d’une orientation sur la structure publiée du programme, et non d’un avis juridique ou de conformité. La pratique de l’OQLF dans l’application de ces obligations aux entreprises technologiques est encore en développement. Consultez un avocat en droit du travail ou en droit linguistique québécois avant d’entamer votre processus de francisation.
L’application par l’OQLF : ce que le régulateur peut désormais faire
La Loi 96 a considérablement élargi la boîte à outils d’application de l’OQLF. Avant les modifications de 2022, l’application par l’OQLF était principalement axée sur les plaintes. En vertu de la Charte modifiée, l’OQLF peut :
- Mener des inspections proactives — visiter les entreprises, demander de la documentation et examiner les interfaces numériques sans qu’une plainte préalable ait été déposée
- Émettre des avis de conformité — des avis officiels exigeant des mesures correctives précises dans un délai défini
- Imposer des amendes — les sanctions vont de 3 000 $ à 30 000 $ par infraction pour les sociétés, les infractions subséquentes étant passibles d’amendes doublées ou triplées (selon francoflex.com et d’autres sources publiées; vérifiez les barèmes de sanctions actuels auprès de l’OQLF)
- Engager la responsabilité des administrateurs — des sanctions peuvent être imposées individuellement aux administrateurs de la société en plus de la société elle-même
- Demander des ordonnances judiciaires — dans les cas graves, l’OQLF peut s’adresser aux tribunaux pour obtenir une injonction exigeant une conformité immédiate
- Révoquer les certificats de francisation — pour les entreprises qui ont reçu un certificat mais qui cessent par la suite d’être conformes
Le mandat d’inspection proactive de l’OQLF inclut désormais explicitement les canaux numériques : les sites Web, les contrats en ligne, les interfaces destinées à la clientèle et les systèmes de documents internes relèvent de sa portée. Pour les entreprises qui exploitent des outils propulsés par l’IA visibles par les consommateurs ou les employés québécois, c’est important.
Pourquoi une infrastructure d’IA locale offre un avantage de conformité
L’un des avantages structurels d’une infrastructure d’IA hébergée localement, sur site — par opposition aux services d’IA infonuagiques partagés — est qu’elle donne aux entreprises un contrôle total sur la langue de l’interface, la langue de réponse par défaut, les données d’entraînement et l’invite système qui régit le comportement du modèle. Le soutien en français d’un fournisseur d’IA infonuagique est défini par les décisions de produit du fournisseur; un modèle à poids ouverts déployé localement peut être configuré, affiné et contraint de fonctionner exclusivement en français.
Cela compte pour la conformité à la Loi 96 de plusieurs façons :
- IA destinée à la clientèle en français : un modèle auto-hébergé peut être configuré avec une invite système uniquement en français et évalué entièrement à l’aide de cas de test en français — vous contrôlez le contrat linguistique, et non le fournisseur
- Outils d’IA pour les employés avec le français par défaut : les assistants d’IA internes (révision de code, résumé de documents, recherche interne) peuvent être déployés avec le français comme interface et langue de réponse par défaut, satisfaisant l’obligation relative aux outils des employés sans dépendre d’un fournisseur pour livrer un module de langue française
- Alignement de la résidence des données : la Loi 25 (la loi québécoise sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé) exige que les renseignements personnels quittant le Québec fassent l’objet d’une évaluation des facteurs relatifs à la vie privée — l’IA locale garde ces données dans la province, éliminant une exposition réglementaire distincte qui s’ajouterait à la Loi 96. Consultez les obligations de résidence des données au Québec et le guide de l’évaluation des facteurs relatifs à la vie privée de la Loi 25 pour plus de détails.
- Piste de vérification : les journaux d’inférence locaux vous appartiennent — vous pouvez les produire pour une inspection de l’OQLF sans dépendre du processus d’exportation de données d’un fournisseur infonuagique
Pour un aperçu pratique des options d’IA hébergées localement offertes au Canada, consultez LLM local au Canada et le guide de la pile souveraine. Pour les déploiements en réseau isolé où les données ne quittent jamais le bâtiment, consultez le codage par IA en réseau isolé pour les entreprises canadiennes. Pour la recherche documentaire privée qui n’exige pas l’envoi de documents à un service infonuagique, consultez le RAG pour les entreprises canadiennes (conforme à la Loi 25).
La relation de la Loi 96 avec les autres cadres québécois et fédéraux
La Loi 96 n’existe pas de façon isolée. Les entreprises qui exploitent des produits d’IA et logiciels au Québec devraient être conscientes de la manière dont elle interagit avec les cadres réglementaires adjacents :
Loi 25 (Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé)
La Loi 25 est la loi québécoise sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé, substantiellement modifiée en trois phases (2022-2023). Elle exige : des évaluations des facteurs relatifs à la vie privée (EFVP) pour les renseignements personnels transférés hors du Québec; la nomination d’un responsable de la protection des renseignements personnels; un consentement renforcé pour les données sensibles; et des obligations de minimisation des données. Un outil d’IA qui traite des renseignements personnels sur des résidents du Québec — employés, clients, patients — est assujetti à la Loi 25 en plus de la Loi 96. Consultez la résidence des données au Québec pour un résumé des obligations liées au mouvement des données.
Loi 64 / Loi 25 et la prise de décision par IA
La Loi 25 comprend des dispositions sur la prise de décision automatisée : lorsqu’une décision fondée exclusivement sur un traitement automatisé de renseignements personnels produit des effets juridiques ou importants sur une personne, celle-ci a le droit d’être informée que la décision est prise exclusivement par des moyens automatisés et d’en faire réviser la décision par une personne. Cela est distinct de la Loi 96, mais peut être pertinent pour les outils d’IA prenant des décisions d’embauche, des décisions de crédit ou des déterminations d’admissibilité à un service pour des résidents du Québec.
Protection de la vie privée au fédéral (LPRPDE / projet de loi C-27)
Les entreprises québécoises qui participent à des transactions interprovinciales ou internationales sont également assujetties à la loi fédérale sur la protection de la vie privée (actuellement la LPRPDE). Le projet de loi fédéral C-27 (Loi sur la protection de la vie privée des consommateurs) mettrait à jour le cadre fédéral, mais en date de juin 2026, il n’avait pas encore reçu la sanction royale — son statut devrait être vérifié avant de s’y fier pour la planification de la conformité. La Loi 25 du Québec s’applique indépendamment du statut du cadre fédéral.
Projet de loi 109 (proposé — pas encore adopté)
En mai 2025, le gouvernement du Québec a déposé le projet de loi 109, proposant une loi sur la découvrabilité des contenus culturels francophones dans l’environnement numérique. Selon DLA Piper (2025), le projet de loi 109 viserait les plateformes numériques et les fabricants d’appareils, imposant des interfaces en français par défaut et la mise en priorité du contenu francophone. En date de juin 2026, ce projet de loi n’avait pas encore reçu la sanction royale — il devrait être surveillé, mais non considéré comme une loi en vigueur. Vérifiez le statut législatif actuel à assnat.qc.ca avant d’agir.
Orientation rapide en matière de conformité pour les entreprises technologiques
Il s’agit d’un cadre d’orientation, et non d’un avis juridique. Le point de départ approprié pour tout programme de conformité est une revue avec un avocat en droit linguistique québécois et, au besoin, un engagement formel avec l’OQLF.
| Domaine | Obligation (en date de juin 2025) | Qui est visé |
|---|---|---|
| Inscription à l’OQLF | S’inscrire dans les 6 mois suivant l’atteinte de 25 employés au Québec; réaliser l’analyse de la situation linguistique dans les 3 mois suivant l’inscription | Entreprises comptant 25 employés ou plus au Québec |
| Logiciels des employés / outils d’IA internes | Doivent être disponibles en français lorsqu’une version française existe; on ne peut exiger des employés qu’ils utilisent exclusivement des outils non francophones | Tous les employeurs ayant des employés au Québec |
| Site Web destiné à la clientèle | Version française pleinement fonctionnelle avec un contenu et des fonctions équivalents; non une voie secondaire ou à fonctionnalité réduite | Toutes les entreprises vendant aux consommateurs québécois |
| IA / robots conversationnels destinés à la clientèle | Doivent pouvoir servir la clientèle en français avec une capacité équivalente à toute version anglaise; le français par défaut est l’interprétation la plus prudente | Toutes les entreprises ayant des outils clients d’IA servant le Québec |
| Contrats d’adhésion | Doivent être présentés d’abord en français; une version anglaise peut suivre si le consommateur en fait la demande | Toute entreprise utilisant des contrats types avec des parties québécoises |
| Étiquetage des produits | Doit être en français; aucune autre langue plus en évidence; les marques de commerce peuvent figurer en anglais si aucune version française n’est enregistrée au fédéral | Entreprises vendant des produits physiques ou numériques au Québec |
| Affichage public | Français nettement prédominant (au moins 2× la taille / la prééminence visuelle des autres langues) | Entreprises ayant un affichage visible du public au Québec |
| Documents d’emploi | Les lettres d’offre, contrats, évaluations et avis disciplinaires doivent être en français pour les employés québécois | Tous les employeurs ayant des employés au Québec |
Pour une orientation stratégique sur l’exploitation de systèmes d’IA au Québec au sein d’une architecture respectueuse de la souveraineté, consultez la souveraineté numérique canadienne et l’orientation en service-conseil en IA au Québec de D-Central.
Foire aux questions
La Loi 96 s’applique-t-elle aux entreprises situées hors du Québec?
En partie. Les entreprises établies hors du Québec mais qui vendent des produits ou des services à des consommateurs québécois, ou qui emploient des travailleurs au Québec, sont assujetties aux dispositions relatives au commerce et au service à la clientèle — y compris les exigences voulant que les sites Web soient disponibles en français et que les outils d’IA destinés à la clientèle puissent fonctionner en français. Le programme de francisation (inscription au seuil d’employés) s’applique aux entreprises comptant 25 employés ou plus au Québec, de sorte qu’une entreprise ayant un seul employé à distance basé au Québec ne déclenche pas immédiatement d’obligations de francisation. Le seuil est fondé sur le nombre d’employés dont le travail est exécuté au Québec, et non sur l’effectif total de l’entreprise. Consultez un avocat pour confirmer votre couverture précise.
Un site Web entièrement bilingue satisfait-il à la Loi 96?
Un site Web bilingue n’est pas automatiquement suffisant s’il présente l’anglais et le français comme des options égales sans que le français soit la valeur par défaut ou la première option offerte. La Charte exige que le français soit disponible à des conditions non moins favorables qu’une autre langue. Pour les contrats d’adhésion (y compris les conditions d’utilisation et les contrats d’achat en ligne), le français doit être offert en premier. L’approche architecturale la plus prudente est un site en français par défaut avec une option de basculer vers l’anglais, et non un site en anglais par défaut avec un sélecteur de langue. Consultez un avocat en droit linguistique pour votre situation précise.
Mon produit SaaS est-il visé s’il a des clients québécois?
Si votre produit SaaS est un service consommé par des entreprises ou des consommateurs québécois, les dispositions relatives au service à la clientèle et au commerce s’appliquent. L’interface de votre produit, la documentation d’aide, les communications de soutien et les contrats avec des parties québécoises devraient être disponibles en français. Le degré d’obligation dépend de la nature du produit, de la façon dont il est vendu et de la façon dont il est utilisé — il s’agit d’une question d’analyse juridique, et non d’une règle claire et nette. Obtenez un avis précis avant de présumer que vous êtes hors de portée.
Que signifie « lorsqu’une version française existe » pour les logiciels d’IA?
Pour les logiciels commercialisés, le critère est de savoir si le fournisseur offre une option de langue française — si c’est le cas, l’employeur doit la mettre à la disposition des employés québécois. Pour les outils d’IA sur mesure ou auto-hébergés, la question se déplace vers celle de savoir si vous avez construit (ou pouvez construire) une capacité en langue française. Les directives précises de l’OQLF sur cette interprétation pour les systèmes d’IA n’avaient pas été publiées au moment de la rédaction. Les entreprises qui construisent ou déploient des outils d’IA pour des employés québécois devraient documenter leur évaluation de la capacité en langue française et obtenir un avis juridique formel sur leurs obligations.
Quelles sont les sanctions en cas de non-conformité?
Selon des sources accessibles au public (francoflex.com, firmes d’analyse en droit linguistique), les amendes en vertu de la Charte modifiée vont de 3 000 $ à 30 000 $ par infraction pour les sociétés, les infractions subséquentes étant passibles d’amendes doublées ou triplées. Les administrateurs peuvent être tenus personnellement responsables. L’OQLF peut également demander des ordonnances judiciaires et révoquer les certificats de francisation. Ces chiffres proviennent d’analyses tierces publiées — vérifiez les barèmes de sanctions actuels directement auprès de l’OQLF ou par l’entremise d’un conseiller juridique.
La Loi 96 vise-t-elle le contenu généré par IA ou les données d’entraînement de l’IA?
La Charte telle que modifiée ne contient pas de dispositions précises traitant des données d’entraînement de l’IA ou du contenu généré par IA en tant que catégories distinctes. Les obligations générales relatives au service à la clientèle et aux logiciels constituent le cadre applicable : si un système d’IA génère du contenu destiné à la clientèle au Québec, ce contenu doit être disponible en français avec une qualité équivalente. La question de savoir si l’OQLF élaborera des directives précises sur les exigences en langue française pour les sorties de modèles, la composition des données d’entraînement ou l’affinage des modèles n’est pas réglée en date de juin 2026. Il s’agit d’un domaine où l’interprétation réglementaire est encore en développement et où un conseiller juridique devrait être consulté.
Comment la Loi 96 interagit-elle avec la Loi 25 pour les systèmes d’IA?
Ce sont des obligations distinctes qui peuvent se chevaucher pour les systèmes d’IA. La Loi 25 régit les renseignements personnels — collecte, utilisation, transfert et prise de décision automatisée. La Loi 96 régit la langue — la langue de l’interface, du contrat, de l’outil et de la communication. Un système d’IA qui traite des renseignements personnels sur des résidents du Québec et qui sert ces résidents par l’entremise d’une interface client doit se conformer aux deux : la Loi 25 pour le traitement des données et la Loi 96 pour la langue. Consultez les obligations de résidence des données au Québec et le guide de l’EFVP de la Loi 25 pour le cadre du côté des données.
Puis-je utiliser la traduction automatique pour satisfaire aux exigences de la Loi 96?
La traduction automatique de documentation interne à faible enjeu peut être acceptable dans certaines circonstances, mais le contenu destiné à la clientèle, les contrats juridiques et les interfaces de service à la clientèle par IA sont des contextes à enjeux plus élevés où la qualité de la traduction automatique importe grandement. Un contrat mal traduit peut ne pas communiquer efficacement l’obligation relative à la version française. La Charte exige le français à des conditions non moins favorables — une interface visiblement traduite par machine peut ne pas satisfaire à cette norme du point de vue de l’OQLF. La révision humaine du contenu destiné à la clientèle traduit par machine est l’approche prudente.
Avis juridique et réglementaire : L’information sur cette page provient de la Charte de la langue française (RLRQ, c. C-11) telle que modifiée par la Loi 96 (2022), de l’Office québécois de la langue française (oqlf.gouv.qc.ca), ainsi que d’analyses juridiques tierces publiées par DLA Piper (juin 2025, dlapiper.com) et BCF Avocats d’affaires (juin 2025, bcf.ca). Cette page est une ressource d’orientation — elle ne constitue pas un avis juridique, ne remplace pas un avis juridique et ne crée pas de relation avocat-client. Les obligations du droit linguistique québécois sont propres à chaque situation et évoluent à mesure que l’OQLF émet des directives et que les tribunaux interprètent la Charte. Consultez un avocat expérimenté en droit linguistique québécois avant de prendre des décisions de conformité pour votre organisation. L’interprétation réglementaire des obligations propres à l’IA en vertu de la Charte est encore en développement en date de juin 2026.
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Dernière révision: 26 juillet 2026.
