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Éditorial de D-Central / 25 août 2026 / Énergie canadienne

Cessons d’exporter l’avantage informatique du Canada, un électron à la fois

Le Canada devrait réserver une plus grande part de son électricité à l’industrie canadienne — notamment aux centres de données d’IA et au minage de Bitcoin — afin de transformer cette énergie, ici même, en capacité de calcul durable, en investissements, en assiette fiscale et en capacité numérique.

Le Canada devrait-il littéralement mettre fin à toutes ses exportations d’électricité dès demain? Non. Les interconnexions transfrontalières contribuent à la fiabilité, à l’assistance en situation d’urgence et à la vente de véritables surplus. Mais le Canada devrait cesser de considérer l’exportation massive d’électricité comme l’usage optimal par défaut d’une énergie propre limitée. Avant d’autoriser de nouvelles exportations à long terme ou des lignes de transport qui leur sont consacrées, les provinces devraient se demander si des charges flexibles canadiennes liées à l’IA et au Bitcoin peuvent créer davantage de valeur stratégique et économique à proximité des sources de production.

L’électricité a de la valeur. Le calcul est une exportation à valeur ajoutée.

En 2024, le Canada a exporté 35,64 TWh d’électricité vers les États-Unis pour une valeur de 3,13 milliards de dollars canadiens, selon la Régie de l’énergie du Canada. Toutes les exportations canadiennes d’électricité étaient destinées aux États-Unis. Le prix moyen à l’exportation était de 81,42 $ CA par MWh. Le Canada a aussi importé 23,21 TWh, ce qui ramène ses exportations nettes à seulement 12,43 TWh et leur valeur nette à 1,79 milliard de dollars canadiens.

Ces chiffres ne prouvent pas que chaque mégawattheure exporté pourrait alimenter un centre de données de façon rentable. L’électricité relève des provinces, varie selon les saisons et les endroits, et dépend de contraintes de production, de transport, d’interconnexion et de fiabilité. Ils illustrent toutefois l’ampleur de la matière première que le Canada expédie vers le sud pendant que les États-Unis s’empressent de convertir l’énergie en la capacité productive déterminante de ce siècle.

Un mégawattheure vendu de l’autre côté de la frontière constitue une transaction sur une marchandise. Utilisé au Canada, ce même mégawattheure peut soutenir une installation, une interconnexion électrique durable, les métiers de la construction et de l’électricité, les impôts fonciers et les impôts des sociétés, des exploitants canadiens, des fournisseurs nationaux ainsi qu’un actif accessible aux entreprises canadiennes. L’inférence d’IA peut ensuite être vendue mondialement par fibre optique. Le minage de Bitcoin transforme l’électricité en un actif numérique liquide à l’échelle mondiale, sans devoir demander la permission à un service public ou à une plateforme infonuagique étrangère.

Le Canada n’a pas à acheminer chaque électron marginal jusqu’au client. Pour les charges de travail qui s’y prêtent, il peut déplacer le calcul vers la centrale et transmettre le résultat par fibre optique.

Installons les machines flexibles près de l’électricité contrainte

Transporter l’électricité n’est pas gratuit. Le transport à longue distance exige des emprises, des postes, des transformateurs, des autorisations, du capital, de l’entretien et du temps. La congestion peut bloquer la production derrière une interconnexion de capacité limitée. Les pertes en ligne augmentent également avec la distance, bien qu’elles ne constituent pas l’argument économique principal. La possibilité la plus importante consiste à éviter ou à reporter certains agrandissements du réseau en installant une charge industrielle appropriée là où une capacité utilisable existe déjà.

La formulation officielle la plus claire nous vient maintenant du Plan de travail du G7 sur l’énergie et l’IA, piloté par le Canada : implanter stratégiquement les centres de données en fonction des écosystèmes énergétiques afin d’optimiser et de stabiliser l’utilisation et l’expansion du réseau. La SIERE de l’Ontario arrive à une conclusion technique semblable. Elle indique que l’entraînement des modèles d’IA peut avoir lieu plus loin des utilisateurs puisque le traitement s’effectue sur place et que la réponse est retransmise. Cela ne signifie pas que n’importe quel emplacement est automatiquement viable. La fibre, les transformateurs, le refroidissement, la sécurité, les services spécialisés et les études de réseau demeurent essentiels.

Le minage de Bitcoin offre encore plus de flexibilité géographique. Un mineur n’a pas besoin de se trouver près d’un centre de population, et quelques millisecondes supplémentaires de latence réseau ne réduisent pas sensiblement ses revenus. Les installations peuvent être modulaires, modulables et interruptibles. Des contrats bien conçus peuvent transformer cette flexibilité en service au réseau : consommer lorsque la production est abondante ou enclavée, réduire la charge lorsque les ménages et les industries essentielles ont besoin de la capacité, et valoriser des sites qui ne pourraient accueillir une usine conventionnelle.

Entraînement de l’IA et calcul par lots

Les charges de travail tolérantes à la latence peuvent suivre l’électricité canadienne disponible, pourvu que le site dispose d’une fibre, d’un refroidissement, d’une sécurité et d’une logistique d’équipement adéquats.

Inférence d’IA

Certaines tâches d’inférence exigent proximité et haute disponibilité; d’autres charges d’entreprise ou par lots peuvent être exécutées à l’échelle régionale. Le Canada a besoin à la fois de capacité en périphérie et de grands campus nationaux.

Minage de Bitcoin

Les mineurs modulaires peuvent s’installer près de la production et participer au réseau en tant que charge pilotable. Leur rôle devrait être mérité grâce à des tarifs transparents et à des obligations d’effacement, et non grâce à des subventions.

Récupération de chaleur

Les GPU comme les ASIC transforment presque toute l’électricité consommée en chaleur aux limites de l’installation. Des projets utiles peuvent valoriser cette chaleur dans des bâtiments, des serres, des procédés de séchage ou pour répondre à une demande de chaleur industrielle.

Soyons honnêtes — et néanmoins confiants — au sujet des emplois

Les centres de données et les installations de minage ne sont pas aussi intensifs en main-d’œuvre qu’une usine d’assemblage automobile. Le Canada ne devrait pas prétendre le contraire. Leur incidence sur l’emploi se concentre au début et s’étend à tout l’écosystème : travaux civils, béton, acier, construction électrique, postes, transformateurs, appareillage de commutation, fibre, CVCA, refroidissement liquide, systèmes de contrôle, sécurité, mise en service, entretien, réparation et exploitation du réseau électrique.

C’est précisément la main-d’œuvre que le Canada peut déployer à grande échelle. Ce développement crée un patrimoine d’infrastructures physiques, et non simplement des abonnements logiciels figurant sur une facture étrangère. La main-d’œuvre permanente est plus restreinte, mais l’actif installé demeure, exige des services techniques récurrents et accroît la productivité d’autres entreprises canadiennes. Une installation d’IA nationale soutient également des chercheurs, des exploitants de modèles, des professionnels de la sécurité et des entreprises qui conçoivent des produits à partir d’une capacité canadienne prévisible.

Ne confondons pas stratégie et cadeau

Les ménages canadiens et les employeurs déjà établis doivent passer en premier. Aucun projet ne devrait obtenir de l’électricité publique à bas prix tout en refilant aux abonnés le coût de la modernisation du réseau, en freinant la construction résidentielle, en affaiblissant la fiabilité ou en consommant de l’eau sans transparence. Les provinces devraient attribuer les rares capacités fermes par des enchères transparentes et évaluer la valeur créée par unité d’électricité contrainte.

La politique devrait récompenser l’additionnalité et la flexibilité : nouvelle production, investissements privés dans les postes et le transport, implantation près de ressources contraintes, effacement mesurable, réutilisation de la chaleur lorsque possible, exploitation canadienne, divulgation des bénéficiaires effectifs, cybersécurité et plans de fin de vie crédibles. Le logo d’un géant du numérique n’est pas synonyme de souveraineté. L’étiquette Bitcoin ne garantit pas un avantage public. Les projets doivent démontrer leur contribution.

Les interconnexions devraient être maintenues pour les urgences, l’équilibrage et les ventes véritablement avantageuses. Toutefois, toute nouvelle exportation proposée devrait être soumise à un critère de valeur nationale. Si une vente à long terme aux États-Unis et un projet de calcul sous contrôle canadien se disputent la même capacité supplémentaire, le projet canadien devrait avoir une occasion équitable de démontrer qu’il crée une valeur totale supérieure.

Une politique canadienne concrète pour convertir l’électricité en calcul

  1. Cartographier l’énergie utilisable, pas la production théorique. Publier, par nœud, des fourchettes concernant la capacité disponible, la congestion, l’écrêtement, le service ferme ou interruptible, la fibre, l’eau et les délais de modernisation, sans compromettre la sécurité des infrastructures essentielles.
  2. Créer un tarif pour charges flexibles. Permettre aux exploitants d’IA et de Bitcoin admissibles d’acheter de l’électricité interruptible selon des règles d’effacement claires, sans s’attendre à une fermeté comparable à celle du service résidentiel.
  3. Faire payer les promoteurs selon le principe de causalité. Lorsqu’un projet entraîne la modernisation d’un poste ou du réseau, en répartir les coûts de façon transparente plutôt que de les socialiser par défaut.
  4. Privilégier le contrôle et l’accès canadiens. Évaluer l’exploitation nationale, la capacité offerte aux clients canadiens, la compétence territoriale applicable aux données, la présence fiscale, le développement de la main-d’œuvre, la capacité de réparation et la portabilité entre fournisseurs.
  5. Conserver une réserve de fiabilité. Ne jamais engager les capacités d’exportation ou de calcul au point d’empêcher les provinces de servir les Canadiens en période de sécheresse, de froid, de chaleur, d’entretien ou de panne de production.

Les décideurs n’ont pas à chercher seuls les acheteurs

D-Central est prête à conseiller les gouvernements, services publics, organismes de réglementation, municipalités et organismes autochtones de développement économique qui souhaitent concevoir un programme sérieux de conversion de l’électricité en calcul. Nous pouvons les aider à repérer des acheteurs et des exploitants crédibles, tant en calcul d’IA qu’en minage de Bitcoin, à distinguer les charges flexibles des projets qui exigent un service ferme, et à traduire les contraintes du réseau électrique en conditions commerciales que le marché peut réellement utiliser.

L’intérêt des acheteurs n’est pas hypothétique. En 2018, Hydro-Québec a fait face à ce que son propre rapport trimestriel qualifiait de nombre sans précédent de demandes de raccordement liées aux chaînes de blocs. Le gouvernement du Québec et la Régie ont réagi par des ordonnances provisoires, des conditions particulières et un processus de sélection; les règles actuelles du tarif CB distinguent toujours la puissance confirmée avant le 7 juin 2018 de celle attribuée ultérieurement. Le choix institutionnel pouvait se comprendre au regard des prévisions et des obligations de fiabilité de l’époque, mais son résultat était clair : des clients du secteur informatique disposés à acheter ont été limités pendant que le Québec continuait de desservir les marchés d’exportation.

Il ne faut pas réécrire cette histoire en prétendant que toutes les propositions étaient bonnes. Plusieurs étaient spéculatives, sous-capitalisées ou refusaient l’effacement. On ne peut pas non plus comparer à la légère une moyenne historique des exportations à un tarif de détail à un nœud précis. Mais le Canada avait reçu très tôt un signal : les activités informatiques flexibles quant à leur emplacement convoitaient notre électricité. Nous les avons surtout traitées comme un problème à contenir. Huit ans plus tard, les États-Unis démontrent ce qui arrive lorsque l’énergie, le capital et le calcul sont considérés comme un seul système industriel stratégique. Le Canada devrait rouvrir la porte, avec une meilleure sélection, des critères d’avantage public plus rigoureux et des contrats conçus en fonction du réseau.

Les États-Unis ont demandé moins de dépendance. Le Canada devrait les prendre au mot.

L’administration américaine actuelle affirme vouloir réduire les déficits commerciaux et se dit prête à recourir aux droits de douane et aux menaces pour y parvenir. Le Canada n’a pas à accepter son diagnostic pour réagir rationnellement. Nous pouvons à la fois réduire la vente d’un intrant stratégique aux États-Unis et diminuer nos achats de services infonuagiques et d’IA sous contrôle américain.

Ce n’est ni de l’autarcie ni une vengeance. Le Canada devrait continuer à commercer lorsque les échanges sont mutuellement avantageux. Il doit simplement cesser d’exporter son avantage brut pour ensuite importer la dépendance achevée. Utilisons davantage d’électricité canadienne pour créer de la capacité de calcul canadienne. Permettons aux entreprises canadiennes d’acheter de l’inférence canadienne. Laissons des exploitants canadiens sécuriser les installations, entretenir le matériel, posséder les relations avec la clientèle et payer leurs impôts ici.

Transportons les bits plus loin. Transportons moins les électrons.

Le Canada possède l’énergie, le climat froid, le talent en ingénierie, la stabilité politique et un réel besoin de capacité de calcul nationale. L’ingrédient manquant est la décision de faire de l’électricité le fondement d’une industrie numérique souveraine.

Foire aux questions

Mettre fin aux exportations d’électricité ferait-il baisser les tarifs au Canada?

Pas automatiquement. La structure du marché provincial, le bouquet de production, les contrats, les contraintes de transport, la météo et la demande influencent tous les tarifs. Il s’agit de comparer la valeur stratégique nationale à la valeur des exportations, et non de promettre une réduction immédiate des factures.

Les centres de données peuvent-ils réellement s’implanter directement près des centrales?

Certains peuvent s’installer beaucoup plus près des sources de production que les charges urbaines ordinaires, particulièrement l’entraînement d’IA, le calcul par lots et le minage de Bitcoin. Chaque projet exige néanmoins une interconnexion conçue par des ingénieurs, de la fibre, du refroidissement, de la sécurité, un accès et un plan d’exploitation fiable.

Les charges d’IA et de Bitcoin sont-elles interchangeables?

Non. L’IA impose des exigences supérieures en matière de réseau, de matériel, de clientèle, de disponibilité et de gouvernance des données. Le minage de Bitcoin est généralement plus modulaire et interruptible. Une solide stratégie régionale peut employer chacun là où ses caractéristiques sont les mieux adaptées.

Sources primaires consultées le 26 août 2026 : Régie de l’énergie du Canada, bilan 2024 du commerce de l’électricité; Ressources naturelles Canada, Bâtir l’avenir énergétique propre du Canada; Plan de travail du G7 sur l’énergie et l’IA; SIERE, document technique sur les nouvelles charges de grande taille; SIERE, exigences relatives aux grandes charges informatiques; Régie de l’énergie, dossier R-4045-2018; Hydro-Québec, rapport du deuxième trimestre de 2018; Hydro-Québec, tarif CB.

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